Tir et poids de détente : entre mythes, réalités et préférences personnelles
Les poids de détente. Encore un sujet qui intéresse bon nombre de tireurs, et que je ne vois pas souvent réellement creusé. Et pour cause : le sujet est un piège.
Le titre est suffisamment évocateur, j’imagine, pour que d’ores et déjà, je doive m’attendre à une pluie de commentaires plus ou moins nuancés, allant de l’incompréhension jusqu’aux plus vigoureux dénis, avant même de m’avoir lu intégralement.
Oui, ce sera un peu long, au moins cinq minutes de lecture. Si vous ne voulez pas vous donner la peine, eh bien, tant pis. Je n’en voudrai à personne pour cela.
J’avais publié un papier, ailleurs, sur les détentes PSA et NY propres aux Glock, une marque que j’affectionne, notamment pour certaines de ses qualités intrinsèques.
Le moins que l’on puisse dire est que cela n’avait pas soulevé les foules. Publier sur une page de tir sportif au sujet d’une marque d’armes de poing qui divise fortement les tireurs français, l’issue était assez prévisible.
Mais un seul lecteur me suffisait. Je ne cherche de toute façon ni le buzz ni les likes, mais simplement à ouvrir le débat.
Mieux encore, je notais parfois de l’incompréhension, alors même que certains commentaires semblaient avoir été formulés sans que l’article ait été lu intégralement.
Je ne veux pas convaincre. Juste développer un avis personnel : libre à chacun d’adhérer, ou non.
Et donc, indirectement, je vais continuer à écrire sur Glock, mais le sujet fondamental est bien le poids de détente, puisque ce facteur est l’un des plus récurrents sur les forums.
On reproche ainsi aux Glock de nombreuses choses, dont leur détente : filante, et lourde.
Je retiens, pour simplifier, trois données distinctes fondamentales caractérisant une détente :
- la netteté ;
- la prédictibilité de la détente d’un coup à l’autre, autrement dit sa constance ;
- le poids.
J’ai cessé de débattre sur les pas de tir concernant les seuls poids de détente. C’est terminé : on ne peut pas réellement argumenter sur un coin de tablette, entre deux séquences de tir. Quant à creuser le sujet, je préfère désormais faire mes propres recherches et essayer de tirer mes propres conclusions.
Chacun y va de ses goûts, réglages et pratiques. La vérité de l’un ne sera pas nécessairement celle de l’autre. Il existe des variations selon les disciplines, les habitudes et les pratiques transmises sur les pas de tir.
Je n’ai pas trouvé de vérité absolue dans mes propres réflexions et mes recherches. La nuance permet simplement, à mon sens, de se rapprocher au mieux d’une certaine vérité.
Je m’affranchis donc autant que possible des vérités toutes faites. Je fais mes propres recherches et introspections, et demeure, en tout cas j’essaie, lucide : les Glock sont très imparfaits, ils ne sont ni l’alpha ni l’oméga, et moi pas davantage.
L’influence du poids de détente
Parler d’obsession chez certains tireurs concernant les poids de détente n’est pas exagéré. J’en rencontre parfois au stand, je les lis surtout, notamment à l’occasion d’achats récents ou en cours.
« J’ai commandé un Sig/Glock/machin truc, vous me recommandez quel kit détente ? »
L’arme n’a pas encore été testée en tir à sec, et parfois son futur propriétaire n’a même jamais eu le modèle en main. Mais il a entendu son président de stand dire ceci, ou bien son copain.
Ça ressort régulièrement sur les forums, avec parfois des déceptions.
Il faudrait alléger parce que les valeurs usine seraient trop fortes. Mais fortes pour qui ? Et pour quoi ?
Que vous fassiez de la compétition de haut niveau, ou que vous la visiez, cela n’emporte pas nécessairement les mêmes critères que si votre pratique est davantage axée sur le loisir, par exemple.
Les pèse-détente deviennent donc ponctuellement l’outil suprême, le départageur ultime des élégances, des armes et des tireurs, qui classifiera une arme comme machine à points ou, au contraire, comme arme impropre au tir sportif.
Ce qui est certain, c’est que le poids de détente constitue un facteur important dans l’évaluation d’un départ. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles des seuils minimaux ont été institués dans certaines disciplines sportives.
On retrouve par exemple un poids minimal de 1360 g dans certaines épreuves du TAR, tandis que le pistolet à 10 m utilise également des exigences réglementaires spécifiques.
Il existe derrière ces règles une volonté d’imposer certaines caractéristiques minimales, de préserver l’esprit des épreuves et, plus largement, d’assurer des conditions communes de compétition.
La sécurité reste également une composante essentielle du sujet. Une détente très légère n’est évidemment pas, à elle seule, responsable d’un départ involontaire, mais elle peut constituer un facteur parmi d’autres. Le comportement du tireur, la manipulation de l’arme, le contexte et le respect des règles de sécurité restent déterminants.
Une détente lourde est-elle forcément mauvaise ?
Il existe un certain consensus général sur les poids de détente.
Une détente trop lourde peut notamment favoriser les mouvements parasites lors du départ du coup. La force nécessaire pour actionner la détente peut en effet perturber la tenue de l’arme et rendre le lâcher plus difficile à reproduire.
À l’inverse, une détente extrêmement légère réduit la résistance mécanique ressentie par le tireur et peut demander une discipline particulière dans la manipulation et le contrôle de l’arme.
Le poids de détente a donc bien une importance réelle dans la qualité du départ. Est-ce cependant LE critère premier ? À mon sens, non.
Plus que le poids seul, c’est la netteté, la fluidité et la prédictibilité qui importent.
Une détente légère mais sans netteté peut être moins agréable et moins exploitable qu’une détente plus lourde mais parfaitement lisible.
Jeff Cooper résumait d’ailleurs cette idée en expliquant qu’il préférait une détente plus lourde mais propre à une détente légère et peu nette.
Dans le domaine de l’IPSC, Rob Leatham a également expliqué que les détentes légères ne rendent pas nécessairement un tireur plus précis, mais qu’elles peuvent faciliter les séquences de tir rapides.
De ma propre expérience personnelle, tant comme tireur sportif que comme ancien tireur FSI, mon sentiment est strictement le même.
Jusqu’à un certain point, le poids d’une détente est secondaire. Au-delà de ce point, une détente trop lourde devient une véritable difficulté à exploiter.
Je pense notamment à la DA du Walther PPK, tarée à plus de 8 kg. Pour la pratiquer ponctuellement, je peux l’écrire : c’est vite fatigant et handicapant, notamment à 25 m.
De bons tireurs parviennent aisément à exploiter des détentes typées administratives, Glock comprises. Avec un peu de travail, cela se fait bien, et on s’en rend notamment compte quand on teste différentes configurations de détente comme les NY1 et NY2.
Poids de détente et départs involontaires
L’affirmation selon laquelle la légèreté d’une détente n’aurait aucun rapport avec les départs involontaires me paraît trop catégorique.
Le poids léger n’est évidemment pas le seul facteur. Les départs involontaires sont des phénomènes multifactoriels, dans lesquels le comportement humain et le contexte occupent une place essentielle.
Mais il me paraît logique de considérer qu’une résistance très faible ne constitue pas une protection supplémentaire contre une pression involontaire sur la détente.
À l’inverse, une détente lourde ne rend évidemment pas une arme « sûre » à elle seule. Une mauvaise direction de canon, une mauvaise manipulation ou le non-respect des règles fondamentales de sécurité restent des facteurs déterminants. Mais elle ne facilite pas le départ du coup.
La réalité est donc plus complexe que le simple débat « détente légère contre détente lourde ».
Le respect des règles fondamentales de sécurité reste la première protection contre les accidents. Le poids de détente peut éventuellement constituer une barrière supplémentaire, mais il ne doit jamais être considéré comme un substitut aux bonnes pratiques.
Le tir sportif n’est pas le tir opérationnel
La problématique devient encore différente lorsqu’on compare le tir sportif au tir opérationnel.
Dans le tir sportif, le tireur travaille dans un environnement encadré, avec des règles précises et un objectif essentiellement sportif.
Dans un contexte professionnel, les contraintes peuvent être radicalement différentes : stress, mouvement, port d’équipements, gants, fatigue, prise de décision rapide et environnement moins prévisible.
Ces différences expliquent qu’une configuration de détente puisse être parfaitement adaptée à une pratique sportive et moins pertinente dans un contexte opérationnel, sans que l’une des deux soit nécessairement « meilleure » dans l’absolu.
Si je songe au Walther PDP standard, par exemple, j’estime personnellement que sa détente, avec un départ d’environ 1,7 kg sur mon exemplaire, est trop légère et trop nette pour certains usages opérationnels.
Je précise bien qu’il s’agit de mon appréciation personnelle et non d’une recommandation générale.
Dans un contexte de stress important, les capacités motrices fines et certaines fonctions cognitives peuvent être dégradées. Cela doit nécessairement être pris en compte lorsqu’on réfléchit à l’adéquation d’une arme et de sa détente avec son emploi.
Il en sera un peu différemment avec mon Glock 17 équipé d’une détente Performance, qui est plus floue et filante pour un poids similaire. Avec des gants, je la trouve encore moins lisible.
La bonne mesure serait-elle une fourchette ?
À mon sens, il est plus intéressant de parler d’une fourchette adaptée à l’usage que d’un poids idéal universel.
Dans un contexte opérationnel, je serais personnellement tenté de privilégier une détente suffisamment résistante, avec une course permettant au tireur de conserver un contrôle conscient du départ du coup. A la louche, j’irais de 2 à 4, ou 5 kg maximum.
Je ne présente évidemment pas ces valeurs comme une norme universelle. Il s’agit simplement de la configuration que je privilégierais compte tenu de mon expérience et de l’usage considéré.
Sur le plan sportif, je n’ai pas d’avis tranché. J’ai touché aux deux écoles, poids légers, et lourds. Il y a des avantages et inconvénients dans chacune de ces catégories. Les règlements de la FFTir fixent déjà des seuils pour certaines disciplines et ces règles s’appliquent à tous les compétiteurs.
Des tireurs préfèrent 500 g au 10 m, d’autres utiliseront une détente plus lourde et obtiendront malgré tout d’excellents résultats. La discipline des armes anciennes ne requiert aucun minimum: certains tirent avec 100g, d’autres, 800g.
Tant que la configuration est fiable, maîtrisée et conforme au règlement de la discipline, cela me convient.
Pourquoi s’embarrasser d’une détente lourde en tir sportif ?
La question mérite d’être posée.
Aucune discipline ne requiert nécessairement une détente lourde pour le plaisir de la rendre difficile, mais plusieurs disciplines imposent un poids minimal.
Les poids réglementaires de certaines disciplines peuvent d’ailleurs paraître importants pour des tireurs habitués à des armes très légères.
De mon point de vue, 1360 g est déjà relativement léger lorsqu’on compare cette valeur à la plupart des armes de poing de service.
Mais pourquoi tirer avec une arme dont la détente est lourde pour une majorité de tireurs sportifs ?
Au-delà de la curiosité et de l’envie de se challenger en s’amusant, il y a aussi le parcours personnel et professionnel.
Je ne suis pas le seul ancien d’un métier des armes à prendre du plaisir à tirer avec une arme de type service non modifiée, et je ne serai certainement pas le dernier.
Le travail à fournir sur ce type de départ est assez important. Il exige une conscience aiguë de son action musculaire et un placement palmaire soigneux.
C’est donc aussi une façon de travailler sa propre technique, pour qui se sent capable de décomposer mentalement chaque mouvement parasite.
Ce n’est pas inintéressant, bien que facultatif. Cela dépend là encore de votre façon de voir les choses.
Rouler comme un dieu dans une voiture comportant toutes les assistances électroniques, ou se débrouiller avec une voiture qui n’aura que l’ABS et le freinage d’urgence : je n’ai finalement pas la réponse quant au meilleur choix.
Et les Glock et leur détente, donc ?
J’avais écrit un papier sur le Glock et sa pertinence dans l’apprentissage du tir.
On peut être précis avec un Glock usine. Reste à voir jusqu’à quel point, puisque rien ne facilite particulièrement le tir de précision sur cette arme.
Je ne remets pas en cause sa précision intrinsèque, mais plutôt l’ensemble de ce qui est construit autour.
Ce ne sont pas des armes consensuelles, ni par l’angle de poignée, ni par le grip, ni par la détente, ni par la masse générale, ni par leurs organes de visée plutôt rustiques, bien qu’efficaces selon moi.
Malgré tout, on peut être valable en précision pure pour qui prend un peu de temps et soigne ses fondamentaux.
Faire du 10 à tour de bras n’est pas sa mission première, bien que cela soit parfaitement envisageable. J’ai déjà vu des cartons impressionnants réalisés avec des Glock peu ou pas modifiés.
La détente d’un Glock ne me dérange pas. Sur un plan opérationnel, je la trouve très adaptée : poids, course morte, sensation spongieuse, mais mur perceptible et audible.
Ce n’est pas une détente particulièrement efficiente sur un plan sportif, bien qu’elle reste parfaitement exploitable.
Elle n’est pas facilitante, c’est vrai. Et puis ?
Là où cela devient rapidement un obstacle, c’est notamment dans les disciplines qui exigent une cadence rapide avec une précision importante.
Sur une séquence de précision à 25 m, le poids et la netteté peuvent en partie être compensés par un tir appliqué, à deux mains et rigoureux.
À bras franc, l’expérience est différente, plus difficile avec ce type d’arme et de détente.
Difficile ne signifie pas impossible : cela dépend de la motivation et du temps que nous sommes prêts à y consacrer.
Mais cela dépend aussi de la pratique envisagée : on n’ira évidemment pas aux Jeux olympiques avec un Glock en précision pure. Les choses sont dites.


Dans quelle mesure un poids de détente élevé affecte-t-il la précision ?
Pour tenter d’avoir un début de réponse, j’ai procédé à un test.
Sa validité est très discutable : une validation véritablement scientifique demanderait un protocole beaucoup plus rigoureux, davantage de répétitions, davantage de participants et un contrôle précis des différentes variables.
Il s’agit donc simplement d’une expérimentation personnelle, destinée à observer mes propres résultats dans des conditions données.
J’ai procédé ainsi, selon les paramètres suivants :
- arme : Glock 17 Gen 5 ;
- cible C50 à 25 m ;
- cartouches : S&B 124 gr FMJ ;
- tir debout à deux mains gantées ;
- 15 cartouches sur cible 1 avec le groupe détente Performance et connecteur – (poids de détente : environ 1,7 kg) ;
- 15 cartouches sur cible 2 avec le groupe détente PSA, configuration usine avec connecteur + (environ 3,1 kg) ;
- 15 cartouches sur cible 3 avec le groupe détente NY2 (environ 4,6 kg).
L’ordre de passage était le suivant : 5 cartouches sur la cible 1 avec le groupe Performance, changement de groupe et 5 cartouches avec le NY2, changement de groupe et 5 cartouches avec le groupe PSA. Puis on recommence.
Soit au total 15 cartouches par configuration et donc par cible.
J’ai choisi de porter des gants de tir, mes Mechanix Grip, afin de réduire autant que possible l’influence de la sensation tactile des détentes et de me concentrer sur le paramètre du poids.


Les résultats
Cible Performance : 5 flyers hors visuel. Le tir avec ce groupe et mes gants est un supplice. J’ai toujours trouvé cette détente comme manquant de netteté et, avec les gants, je l’apprécie d’autant moins.
Avec mes erreurs, cela donne donc une forte dispersion. Je ne compte que les impacts en visuel pour évaluer la superficie du groupement. Avec le groupe Performance, j’obtiens environ 104 cm² selon mon estimation.
Cible NY2 : une détente dure, avec un mur très prononcé, une pré-course à environ 1,9 kg et un poids de départ d’environ 4,6 kg. Superficie estimée : 225 cm².
Cette cible, je la dédicace à tout tireur qui a eu le bonheur de tâter cette détente « olympique ». J’espère qu’il s’en est remis. Au besoin, on fait venir une cellule psychologique et je commande du Voltarène.:-;
Cible PSA : le groupe PSA, avec son connecteur +, présente un mur plus net, qui emmène toutefois le groupe à environ 3,1 kg. Superficie estimée : 230 cm².
Je considère cette dispersion comme légèrement supérieure à celle de la NY2 en raison notamment de deux impacts éloignés du nuage, en bas du visuel. Si je les sortais de l’équation, la cible repasserait devant la NY2.
Nous constatons donc que l’exercice n’est pas pleinement satisfaisant. La faute au tireur, moi, et notamment à mes difficultés avec la Performance dans ces conditions.
Mais on distingue tout de même un début de relation entre poids et groupement, sans pouvoir évidemment en tirer une conclusion générale.
La NY2 demande un effort physique avéré.
La Performance avec connecteur – est plus floue encore qu’en sortie de boîte, et se trouve encore moins lisible avec les gants.
La version PSA offre un bon compromis, selon mes standards.
Alors, faut-il alléger sa détente ?
Pour conclure ce petit sujet, je dirais donc que la recherche de l’allègement d’une détente peut parfaitement être justifiable, mais ne devrait pas devenir une fin en soi.
Il faut avant tout rechercher les sensations qui fonctionnent le mieux pour le tireur et l’usage envisagé.
Une détente sans réel feedback ne fonctionne pas pour moi. Je préférerai avoir un kilo de plus et une meilleure prédictibilité, une meilleure constance.
C’est une affaire de goûts personnels, d’objectifs et des compromis qu’exige le tir sportif.
Les habitués des détentes administratives s’en rendent d’autant mieux compte.
Qu’ils reçoivent mon soutien et mes encouragements dans leurs transitions vers le tir sportif.
ℹ️ À propos de cet article
Cet article reflète les opinions, analyses et retours d’expérience de son auteur. Ils lui sont propres et ne constituent pas nécessairement la position de SafeShooting.


